Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

C’est peut-être moi qui ai demandé à la bibliothécaire de commander ce livre, je ne sais plus. Leçons sur Tchouang Tseu, de Jean François Billeter, m’a enthousiasmé. J’en ai fait la publicité autour de moi et mes paroles ont parfois donné envie à d’autres de le lire. Certaines personnes venaient à la médiathèque et disaient : « Je voudrais un livre dont Guillaume m’a parlé. J’ai oublié le titre et le nom de l’auteur, mais c’est un petit livre, grand comme ça, avec une couverture blanche. » Dur métier que celui de bibliothécaire.
Cinq conférences, faites au Collège de France dans les années 2000, qui dépassent la seule interprétation du grand texte taoïste. Le caractère oral de la conférence se ressent et facilite la lecture.
Tchouang Tseu (Zhuang Zi en pinyin), c’est le nom d’un philosophe taoïste dont on ne sait rien, et qui nous a laissé un livre appelé lui aussi Tchouang Tseu. Pour le sinologue, ce nom désigne d’ailleurs plutôt le texte que l’auteur, c’est pourquoi on peut lire ici : le Zhuang Zi.
Billeter se présente d’abord comme traducteur, c’est une première originalité. Il rappelle qu’on considère souvent le Tchouang Tseu comme obscur, impénétrable. Il dit que c’est en le traduisant par plaisir, « pour des amis », qu’il est parvenu à en pénétrer le sens. (Ca me plaît infiniment qu’il ait commencé à y travailler pour et avec des amis. Si j’étais éditeur chez Allia, je lui commanderais un texte sur l’amitié, sur le rôle de l’ami. Billeter est un homme qui connaît son Deleuze, ça se sent dans sa prose, et il a sans aucun doute médité les pages de Qu’est-ce que la philosophie concernant les « personnages conceptuels » et en particulier celui de l’ami.)
Il est magistral dès le début du livre, quand il montre les différentes traductions possibles du mot Tao (Dao, en pinyin). Le sens le plus courant est « la voie », mais ce mot peut aussi vouloir dire, selon le contexte, « l’action », « la réalité », « la technique », « le savoir-faire », ou même, donnant ainsi le titre à la première conférence, « le fonctionnement des choses ». Sous sa plume, des anecdotes a priori incompréhensibles deviennent limpides, intéressantes, stimulantes. Le reste des conférences est à l’avenant. Tout est dit avec simplicité et rigueur, du point de vue de la traduction et à l’usage de ceux qui ne pourraient pas traduire et ne connaissent pas le chinois.
Refusant de se draper dans une fausse inintelligibilité, Billeter a écrit ce que je considère comme le meilleur livre de la médiathèque de l’Alliance française de Nankin. Cela ne vous dit peut-être rien, si vous ne connaissez pas la médiathèque en question, mais d’un certain côté, si vous ne connaissez pas Nankin, on se demande un peu ce que attendez pour venir partager un bon petit repas de ce côté-ci du Yangzi.