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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Un match de football entre Français et Australiens

Un match de football fut organisé sur le camps de Jiangning. Un enseignant américain m’a jaugé et a proposé de faire jouer étudiants « français » (ceux qui allaient partir en France) contre étudiants « australiens » (ceux qui partiraient en Australie), ce qui effraya la plupart des étudiants francophones. Jouer entre soi, n’est-ce pas, pourquoi pas, mais ces diables d’Australiens faisaient peur : ils étaient bien plus sportifs qu'eux, séchaient les cours pour jouer au basketball ou au football, étaient plus grands et plus athlétiques, tandis que les francophones, un peu malingres ou un peu gros, volontiers littéraires et très bons en sciences, faisaient consciencieusement leurs devoirs et s’ils faisaient du sport, le matin avant 8h00 et certains soirs après 17h00, c’était surtout dans un but prophylactique. La compétitivité n’était pas leur fort, pas sur un terrain de sport.

Je pus réunir quand même une dizaine de garçons prêts à en découdre. Les uns savaient jouer au football mais n’aimaient pas l’idée de se faire casser les genoux par les Australiens ; les autres ne savaient pas jouer au football mais s’excitaient à l’idée de casser des genoux australiens. Je me trouvais au milieu, motivant les uns et calmant les autres.

Le jour du match, il fallait voir les supporters : chez les supporters anglophones, de jeunes hommes braillards, un peu intimidants, qui se déplacèrent derrière nos buts pour accentuer la pression sur notre défense. Chez les francophones, des filles surtout, de jolies hirondelles hilares, excitées et joyeuses, quelques poètes taciturnes et les remplaçants essoufflés qui repoussaient l’instant de devoir rejouer. Route Etroite souriait, elle ne criait pas autant que les autres, mais elle se sentait bien dans cette ambiance de fête sportive, protégée par toutes ses copines. Une autre étudiante, plus grande et plus formée que les autres, me frappait par l’intensité de son regard. Comme Route Etroite, elle n’était pas mon étudiante, je ne connaissais pas son nom, mais elle fit preuve d’un enthousiaste qui faisait chaud au cœur.

Moi, trônant au centre de la défense, j’engueulais et j’encourageais à qui mieux mieux. Je faisais de longues passes vers les attaquants et je réorganisais sans cesse les lignes défensives qui menaçaient de se déliter à chaque instant. Les lourdes attaques des Australiens me firent craindre le pire, je ne savais pas combien de temps nous tiendrions. J’espérais seulement que, parmi nos attaquants, il y en ait un, ne serait-ce qu’un seul, qui sache taquiner le ballon, pour faire diversion, obliger les Australiens à se replier un peu et nous laisser respirer. Soudain nous marquâmes, sur une contre-attaque admirablement menée par notre avant-centre et ses ailiers. A partir de ce moment, nous fîmes le siège de leur but. Les anglophones paniquèrent un peu mais nous n’aggravâmes pas le score. Bien au contraire, nous nous fîmes rejoindre sur une contre-attaque rondement exécutée. Il faut avouer qu’ils nous enrhumèrent purement et simplement. Ils reprirent confiance et jetèrent toutes leurs forces dans la bataille pour gagner ce match.

Mes petits francophones, soutenus par ces jolies filles, tinrent très bon, virent valser plusieurs fois leurs lunettes, se frottèrent, sous mes injonctions, à de grands gabarits. Galvanisés par les piaillements des filles, ils se jetèrent au combat, à la défense de leur but, et gagnèrent bien des duels. Les Australiens étaient réduits à réclamer des coups francs pour des raisons diverses, parce qu’ils tombaient, parce qu’ils avaient été bousculés par de petits savants fous, ceux-là mêmes qui allaient grossir les rangs de l’Université Lyon1. Comme je m’occupais aussi de la fonction d’arbitre, il m’était facile de réduire, dans un anglais mâtiné d’expressions fleuries apprises dans des pubs irlandais, leurs espoirs à néant.


A la fin du match, nous étions très fiers de nous, à juste titre. La grande fille aux yeux brillants me demanda si nous avions gagné, à quoi nous répondîmes que oui, en prétextant un hors-jeu manifeste à l’occasion du but de nos adversaires. Les filles ne nous sautèrent pas au cou mais le cœur y était.

Le soir, après manger, j’étais si heureux de l’attitude de mes étudiants que je suis allé fumer ma cigarette sur le terrain de football. J’ai foulé lentement la douce pelouse synthétique tandis que le soleil disparaissait derrière les montagnes de l’ouest. Je me disais : « Ah ! mes enfants, je suis fier de vous. Quand vous irez soutenir l’Olympique lyonnais, l’année prochaine, peut-être penserez-vous à moi en voyant l’étincelant Cris. Envoyez donc mes hommages à Wiltord et Juninho, et ne m’oubliez pas. »

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