Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’île au cœur de la rivière (1) Mettons que vous vous trouviez au centre ville, un peu n’importe où. Vous prenez la première à l’ouest et vous ne changez plus de direction. Ouest, ouest, ouest. Vous déboucherez sur le fleuve Yangzi. Il ne paraîtra pas très large à vos yeux, disons cinq ou six fois le Rhône (à hauteur de la buvette du pont Wilson, à Lyon) ou quinze fois la Seine au niveau du pont Mirabeau. S’il semble si mince, c’est que la rive que voyez, de l’autre côté, est une île. Jiangxin Dao, « l’île au cœur de la rivière ».
Un ferry vous y conduit, vous, votre bicyclette et toute votre compagnie. Moi, j’y étais avec mon ami Serge, car on n’est jamais aussi bien servi que par un bon copain.
Sur le ferry, les filles et les garçons ne se parlent pas, ils sont happés par leurs rêveries.
Arrivés sur l’île, nous choisissons de longer la côte. La raison qui pousse les Nankinois à visiter l’île, c’est la vigne. On y cueille des grappes, on s’y amuse pendant l’été, on y mange dans des auberges de fortune et on loge pour rien chez l’habitant. Comme nous ne sommes plus en été, malgré la chaleur, les touristes se font rares. La chaleur de septembre, Joe Dassin l’appelle « l’été indien », les Chinois l’appellent « le tigre de l’automne ».
Nous atteignons vite le nord de l’île, et nous redescendons par la route de la rive ouest. La vue est tout autre. Ce ne sont plus de charmants Ferries qui vont et viennent, mais de gros bateaux de commerce, reliés parfois à l’île par des barques, des remorqueurs, enfin toutes sortes d’objets flottants.
La route continue dans une débauche de végétation. Entre nous et le fleuve, des arbres ont poussé dans l’eau, ont fait leur chemin dans les airs. Le lieu est très accueillant pour tout ce qui vit. Ainsi, des chèvres se régalent des mauvaises herbes et n’ont pas peur de nous, les étrangers.
A travers les arbres sortant de l’eau, j’aperçois une barque qui va dans une direction incertaine. Elle ne s’approche pas du bord, elle ne se dirige pas vers un des bateaux. Une fille est debout à une extrémité, un homme courbé à l’autre. Nous les observons un moment, le temps de les perdre de vue dans les branches.
Nous nous racontons des histoires. Celle qui tient le mieux la distance est celle qui pose que la femme va de bateaux en bateaux pour proposer ses services. En effet, en estimant le nombre de matelots, leur nécessité de rester à bord parfois, le coût de la vie dans une ville comme Nanjing, on peut imaginer qu’une prostituée peut gagner un rondelet pécule en proposant un prix modeste mais en travaillant de longues heures en démarchage.