Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Ce matin, vers six heures cinq, alors que je reprenais mes esprits sur mon lit après m’être levé pour éteindre la sonnerie de mon téléphone portable qui, faute de mieux, me tient lieu de réveil matin, ma mère, revenue hier de son périple à Hong Cun, me demanda si j’avais des soucis. « Qui n’a aucun souci ? » pensais-je. J’ajoutai, toujours intérieurement, « qui peut prétendre en avoir moins que moi, à part certains enfants et quelques imbéciles ? » Je lui répondis que non. Elle me dit que j’avais pleuré la veille au soir, ce qui m’étonnait car quand j’ai des soucis, mon réflexe n’est pas de pleurer ; inversement, quand je pleure, ce n’est pas tant à cause d’un souci que d’une profonde et complaisante lamentation sur mon propre sort. Je répondis à ma mère que je n’avais pas pleuré la veille. « C’était peut-être dans tes rêves », me dit-elle. Possible ; c’était plus certainement dans son rêve à elle.
Sur le Yangzi, malgré tout, j’ai essayé de me souvenir la dernière fois que j’avais pleuré. J’oubliai la lecture de L’enfant éternel, de Philippe Forest, faite en septembre (cf l’article L’enfant et la pluie). Je cherchais mes dernières larmes comme on rumine un poème pour en retrouver tous les vers. Cela devait remonter à la dernière fois qu’une fille m’avait fait du mal. C’était à Dublin, sur mon vélo, un matin où j’allais au travail. Je précise que c’était un matin à vélo car c’est le matin que je ressens les choses le plus intensément, et c’est sur un vélo que je pense le mieux, le plus rapidement, avec le plus d’ordre et de créativité. C’est la combinaison des deux phénomènes qui me poussèrent au sanglot : la prise de conscience matinale que cette jeune écervelée me prenait pour une vieille merde, et le ressenti mélodramatique que cela occasionnait sur mes scènes intérieures.