Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Un mariage à la chinoise, aujourd’hui, est souvent une cérémonie syncrétique mélangeant des images de Chine et d’Occident. Une cérémonie, le mot est trop fort, plutôt un dîner spectacle. Spring et Gao Xiao Xing accueillirent les invités, dans leur première tenue, blanche comme neige. Spring avait le visage de Dieu, elle était irréelle, elle avait travaillé toute sa vie pour cette soirée, pour façonner une perfection physique qui l’apparente à un être de plastique. Ce soir-là, dans ses sourires lumineux et inlassables, elle a chipé la première place, elle était la plus belle femme du Jiangsu, la plus belle femme du monde.
Plus tard, au milieu du repas, les mariés sont revenus en habit traditionnel et ont rejoué une ancienne cérémonie. La femme est voilée et traverse la salle, tirée par une corde tenue par son promis. Arrivés sur scène, il soulève le voile et tous deux font des gestes à portée symbolique mais rendus mécaniques par un manque évident de ferveur. En signe d’union, ils soulèvent, à quatre mains, un magnum de mousseux rose et en versent le contenu sur une pyramide de verres à pied que personne ne boit. Ils coupent aussi la première part du gâteau, les mains agrippées au même couteau.
A ma table était assise une jolie collègue de Spring, jolie mais pas dans le top ten, une femme autour de la trentaine, déjà mère de famille et tournant dans les environs de la deux millième plus belle femme du Jiangsu, ce qui est déjà éblouissant. Elle avait l’avantage d’être non accompagnée de son mari, à la différence de Spring, et d’être en chair et en os, là aussi à la différence de Spring qui, flottant au-dessus du commun des mortels et distribuant un sourire, non pas figé mais invariable, les yeux toujours irrigués par la vie, commençait à se transformer en image pure. Je regardais la collègue avec plus d’envie, elle rayonnait d’une joie simple et son élégance était humaine.
En fin de repas, les mariés s’affichèrent dans une troisième tenue, plus moderne, un costume pour l’homme et une robe colorée « shanghaienne », une qi pao, fendue sur le côté, pour la femme. Ils passèrent aux tables pour saluer tout le monde. Après quoi, ce fut l’heure de rentrer chez soi, la fête était terminée. Nous saluâmes une dernière fois les mariés avant de prendre l’ascenseur. Xiao Xing était au bord des larmes, c’était le plus beau jour de sa vie. Spring ne se départait pas d’un professionnalisme de bon aloi. Les choses avaient été réglées avec minutie, pas une photo n’aurait pu prendre Spring par défaut, pas un paparazzi n’aurait pu voler une expression négative sur son visage splendide.