Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Dans les cybercafés de la rue Hankou et de la rue Guangzhou, les jeunes gens s’adonnent à une passion impénétrable au voyageur. Ils tapent comme des bêtes sur leur clavier. Je crus, au début, qu’ils exprimaient une saine colère, que peut-être ils écrivaient une lettre de rupture définitive à un être aimé puis abhorré. J’enviais alors leur passion et leur flamme. Mais ils tapaient avec trop de régularité pour cela, et trop de lourdeur dans le geste, trop de lassitude.
Ils jouent, à dire le vrai, à des jeux informatiques qui, dit-on de plus en plus, développent toutes sortes de capacités psychomotrices et entretiennent les facultés intellectuelles comme jamais la lecture des classiques et les bonnes discussions ne sauraient le faire. Sur leur écran, des soldats évoluent l’arme au poing. Ou bien de jeunes asiatiques aux cheveux multicolores dansent les uns après les autres, sans que je sache jamais quel est le lien entre les pas de danse et les frappes des internautes sur les claviers. Ils passent ainsi des heures de la journée et de longues heures de la nuit.
Au petit matin, les jeunes gens dorment devant leur écran allumé. Certains ont la tête posée sur leur bras croisés, d’autres sont affalés sur leur chaise. D’autres encore s’aménagent des lits acrobatiques en approchant plusieurs chaises, ils dorment les pieds sur un dossier, les jambes en l’air. Une forte impression de champs de bataille parsemé de cadavres se dégage de ce spectacle. Ces guerriers de l’informatique sont éclairés par la lumière des jeux électroniques qui tournent au ralenti, tout seuls, sans personne aux commandes. Des héros assoiffés de sang donnent par instant de brutaux coups d’épée dans le vide, les monstres dorment dans un coin de l’écran, ignorants du danger. Parfois, un héros médiéval fantastique reste prostré, abandonné de tout principe hégémonique et sans projet d’aucune sorte. Il frétille encore, oscillant entre l’agir et le non agir, et se fait zigouiller par surprise, par un dinosaure fatigué et sans scrupule.
Ah ! Que vienne le temps où je puisse me confronter à ces jeunes gens et qu’ils m’éblouissent et me submergent de leur intelligence mystérieuse.