Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Quand j’enseigne une langue – en général, et sauf erreur, c’est le français- il m’arrive d’être à cours d’idée et de prendre ma guitare pour pousser la chansonnette avec mes étudiants. C’est l’avantage des méthodes modernes d’enseignement : tout et n’importe quoi a valeur de pédagogie.
Dans une même classe, à quelques mois de distance, j’ai chanté La tendresse de Bourvil (ce n’est pas Bourvil qui a écrit la chanson, mais comme c’est lui qui l’interprète, je l’appelle la chanson de Bourvil ; de plus, elle semble avoir été écrite pour lui), et En chantant de Michel Sardou (je ne sais pas qui a écrit cette chanson, c’est peut-être Sardou pour les paroles, et Didier Barbelivien pour la musique, ou d’autres personnes, ce n’est pas très important.) En chantant, c’était vraiment uniquement pédagogique, le but était d’étudier le participe présent et le gérondif.
A la fin d’un cours, un de mes étudiants préférés vint me voir pour critiquer les chansons. Il dit que La tendresse est une chanson inintéressante, et que ça s’adresse surtout aux femmes. Ce poète qui dit
Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien on s’y fait
ça lui paraît non seulement moralement discutable, mais indiquer en sus un rapport à la vie mou et peu viril. En revanche, la chanson de Sardou lui a beaucoup plu. Il l’a jouée à la guitare et l’a chantée, seul chez lui. La musique, d’abord, lui plaisait. Puis, à force de se la chanter, les paroles ont immiscé dans sa jeune conscience le sens poignant du message existentiel qui consiste à prendre stoïquement le bon côté des choses, symbolisé par le retour implacable de la formule « en chantant ». « Hier soir, dit-il, j’en avais les larmes aux yeux. »