Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Dans les lieux moins modernes du centre ville, je respire. J’aime, d’ordinaire, la modernité, mais celle des villes chinoises moyennes est en général sans imagination, sans audace, sans couleur et sans chaleur. Le musée de Yangzhou est d’un charme profond. D’une architecture remontant à la dynastie mandchoue, de nombreux brocanteurs et des visiteurs locaux de tous âges le rendent intéressant et remplissent l’imagination du voyageur. Dans les salles, point d’œuvres des Excentriques. A la place, le musée expose des toiles de paysages locaux peintes à la manière occidentale (tendance « peintures à l’huile du dimanche »). Une petite salle est consacrée à Marco Polo, qui a été gouverneur de la ville pendant quelques années. Aucune mention de son récit en français. L’exposition prétend que le Livre des Merveilles est écrit en italien.
Au bord d’un petit canal, un puits en pierre est toujours en activité. Des femmes et des hommes viennent y laver leurs légumes et leurs œufs de canard. Je les regarde faire sans me soucier d’être poli : c’est l’avantage d’être dans un pays où les gens vous regardent sans gêne, vous pouvez vous aussi les regarder. Ils se marrent en me voyant et me posent les questions rituelles.
Je m’assois sur un banc, me baigne dans l’atmosphère des scènes de voisinage et me remets doucement à réapprécier la Chine. C’est un combat à l’intérieur de tous les étrangers, partout où il y a des étrangers, un combat entre attirance et agacement, entre amour et colère, vis-à-vis du pays d’accueil. Beaucoup de mes amis ont baissé la garde, ne combattent plus et détestent ouvertement, presque cordialement la Chine. Je ne veux pas tomber dans ce travers, mais grands dieux, laissez-vous aimer et ne m’empêchez pas d’aller à mon pas.