Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Cours d’audio-visuel pour la classe de troisième année. En quoi consiste un cours d’audio-visuel ? Dieu seul le sait. Moi, je crois vite comprendre que je suis responsable de tout et que, pour parler comme sur les chantiers de Tarare, j’ai intérêt à « faire ça bien, qu’on soit pas emmerdés ». J’attrape au vol quelques dvd et je vais au boulot. Dans le bus, entre deux sommes, je finis par opter pour l’un d’eux. C’est décidé, je leur montre Hiroshima mon amour. Plusieurs raisons à ce choix, qui s’est imposé un peu au hasard, je dois le reconnaître. D’abord, la veille du cours était le jour commémoratif de l’armistice avec le Japon. Ensuite, Emmanuelle Riva parle distinctement et lentement. Et puis le texte est clairement poétique, littéraire, et le mélange des genres (documentaire, film d’art, fiction, histoire d’amour) était propice à toutes sortes de développements improvisés en classe.
De là, je leur annonce un vague programme pour l’année. Du cinéma, des reportages et des actualités. Pour le cinéma, comme ils ont entendu parler de la Nouvelle vague, nous la prendrons comme pierre d’achoppement.
Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien.
Nous visionnons le début et nous parlons de choses qui deviennent vite abstraites. Voir, tout voir, ne rien voir, revoir. Nous visionnons une deuxième fois. J’ai envie de leur passer en boucle le passage
Les sept branches en delta
De la rivière Ota
Ils repèrent ce qui est subversif chez cette femme. Elle drague, elle trompe son mari, elle ne veut pas plus qu’une nuit. Des filles, dans la classe, ajoutent qu’une Blanche avec un Japonais, ce n’est pas courant, non plus. Ils parlent d’amour et de mort.
J’insiste sans succès sur les effets comiques des dialogues. On oublie parfois que Duras était aussi un auteur drôle :
Ah ! comme j’étais jeune un jour.
Que c’est bon d’être avec quelqu’un quelquefois.
Que ceux qui ne sont jamais allés en Bavière osent parler d’amour. Faut-il s’étonner que les étudiants se soient plaints, l’autre jour, de ce que j’étais « un peu sérieux » ? Non, mes petits, je ne suis pas tel que vous croyez. Non, pas « un peu sérieux ».