Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Visite du musee Tuol Sleng, l'ancien lycee reconverti en centre de detention, de torture et d'extermination par les Khmers rouges. On le connait sous le nom de S21. S21, c'est aussi le titre d'un magnifique film documentaire.
Qu'on me pardonne, mais j'y ai vu constamment, en plus d'un memorial bouleversant des violences passees, une exposition d'art contemporain.
Le batiment A est frappant a cet egard. Des salles de classe vides, rectangulaires, au centre un lit en fer, sur le lit quelques objets de torture dont on se demande comment on s'en servait.
Sur un mur, une photo noir et blanc d'un homme mort sur un lit similaire. La repetition de ses salles amene une variete dans la disposition des objets sur le lit, et des "poses" des corps supplicies. On dirait des nature morte, a chaque fois, et l'ensemble fait penser a une installation.
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On pense a Beuys, a Louise Bourgeois. Les photos elles-memes temoignent d'une recherche evidente d'esthetique. Les angles de vue sont sophistiques, cherchant un effet dramatique. Un cliche est pris a travers une grille pour donner plus d'intensite. Ces photos, qui rappellent celles des actionnistes viennois, on se demande d'ailleurs pourquoi et dans quel but les khmers rouges les ont prises.
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Dans un autre batiment, on pense a Boltanski avec tous ces portraits alignes, la aussi avec une combinatoire de tailles de tirage, de types de cliches, on se croirait vraiment dans une exposition. Une belle exposition d'ailleurs. Je mettrais ma main au feu que le conservateur de ce musee a administre un centre d'art avant de s'occuper du S21.
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Cette vision esthetique des choses n'empeche pas le travail d'information et de memoire que le spectateur doit faire, bien au contraire. C'est plutot la preuve, selon moi, que les artistes de la deuxieme moitie du vingtieme siecle ont vraiment su toucher, sentir et exprimer des choses fortes sur les ombres de l'humanite. Leurs oeuvres, tout en etant personnelles et imaginatives, se confondent par endroit avec l'inimaginable du reel.
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Un groupe de touristes americains d'origine cambodgienne prie devant une grande photo d'un charnier. Priere chretienne collective sans aucune pudeur. La priere se fait en anglais, ils sont concentres sur le souvenir des souffrance de leur peuple. Quand ils prononcent "Rest In Peace", un sanglot me prend a la gorge. Leur priere terminee, ils s'en vont de la salle tout sourire, me laissant seul devant les ossements, les larmes aux yeux.
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Dans le dernier batiment, place aux artistes. On voit les photo de Stefan v. Jensen, un Danois qui a travaille sur les reflets qui defigurent les portraits vus dans les salles precedents. Puis les celebres peintures d'un Cambodgiens. Puis une serie de photos de cranes portes a bout de bras, comme des gestes a la Hamlet. Les trous dans les cranes font qu'on ne sait pas si ce sont des photos d'artiste ou de medecin legiste. Enfin, l'exposition d'un certain Nicolas Pascarel, qui consiste en des montages de deux ou trois photos collees ensembles, tres esthetisantes, d'images prises dans et hors le musee.
En general, les projets d'artistes vus dans le musee sont moralement irreprochables mais ils manquent vraiment de force, d'imagination et d'audace. Il faut dire que la disposition des salles du musee elles-memes, les photos de khmers tortionnaires avaient mis la barre un peu haute. Filiou avait vu juste lorsquíl declara : "L'art, c'est ce qui rend la vie plus interessante que l'art." Eh bien, dans ces photos d'artiste, on voit l'artiste, alors que dans les oeuvres des artistes cites plus haut, on voit des aspects de la realite.
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