Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
A la médiathèque, il y a aussi une jeune étudiante de français qui travaille quelques jours par semaine. Elle parle français avec beaucoup de préciosité, sa prononciation est claire comme le cristal. Dans nos discussions, chaque fois qu’elle comprend une idée que j’avance, elle la reformule avec d’autres mots, ce qui m’oblige à formuler à nouveau, avec des mots encore différents, pour ne pas qu’elle se fourvoie, et cela peut durer pendant des âges et des âges. Il semble que, dès qu’elle parle français, elle soit soudain très droite et très concentrée. Aucun mot ne vient par hasard ni par accident, il n’y a pas de « ben », de « ouais », de « super », de « j’pens’que », d’ « à plus », tous ces trucs qu’emploient et qu’enseignent ceux qui estiment qu’avoir l’air jeune dans son langage est le meilleur des dons.
« - Quel est ton numéro de carte ? demande-t-elle.
- 007, comme James Bond.
- James Bond ? C’est un joueur de football ?
- Mais non ! James Bond, voyons. Un joueur de football, non mais je rêve !
- C’est une personne célèbre ?
- Bien sûr, très célèbre. C’est un personnage de livres et de films. Tu sais bien, my name is Bond, James Bond.
- Ah oui… Non je ne vois pas.
- C’est impossible que tu ne le connaisses pas.
- C’est un personnage de Shakespeare ?
- Mais non ! C’est un détective, au service de la reine, un espion, avec des gadgets et des filles perfides tout autour de lui. Je ne sais pas, moi, Roger Moore, Brad Pitt, 007, quoi. »
Elle réfléchit, tout en enregistrant mes documents, et tout en se demandant si je ne me fous pas d’elle. Soudain, une illumination :
« - Ah oui ! Ling ling qi. Oui je connais. » Et elle rit. Inutile de le dire, lin ling qi signifie 007.