Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
J’aime beaucoup Melody. Assistante de la directrice de l’Alliance française, elle parle français avec des fautes charmantes. Elle l’émaille d’expression et de mots anglais. Parfois, il faut l’écouter une minute entière pour savoir de quoi il est question, et c’est un plaisir de la voir et l’entendre tâtonner pour trouver son chemin dans le labyrinthe de la langue. Quand elle a terminé, elle demande : Tu as compris ? Non, répondez-vous, alors elle rit et trouve un autre moyen de s’exprimer. Son visage est d’un type que l’on trouve plutôt dans les provinces du sud, ou en Asie du sud est. Sa longue bouche charnue, bien dessinée, ses grands yeux allongés, font penser aux statues des temples d’Angkor.
Elle travaille énormément. Elle doit faire face à beaucoup de stress, mais elle ne s’énerve jamais, comme, d’ailleurs, toutes les autres secrétaires et assistantes avec qui j’ai eu affaire. (C’est peut-être le moment de dire que les femmes sont le trésor de Nankin, sa plus grande richesse, elles sont tout ce que l’humanité peut inventer de calme, de gentil, de serviable, d’attentif à l’autre. Elles sont irréprochables, et belles par-dessus le marché, tout le monde est conquis, même les femmes occidentales en sont désarmées.)
Elle a eu l’idée d’organiser un pique-nique au jardin botanique, sur la Montagne Pourpre et Or, quelques jours après la fête nationale, début octobre. Le jardin botanique est un grand parc, où, pour reprendre son expression, « on peut s’amuser sur des ponts très bien ». Nous y attendaient deux autres assistantes avec leur fille. J’étais surpris d’apprendre que c’était leur fille, elles avaient l’air de sœurs. Encore plus surpris d’apprendre l’âge de l’une d’elles, trente six ans, alors que tout le monde lui en donnait vingt cinq.
Les « ponts » sur lesquels on pouvait s’amuser très bien, c’était une aire de jeux qui consistaient à traverser un plan d’eau sur des rondeaux de bois, des trapèzes, des balançoires, une série d’activités parfaites pour les enfants et les parents. Pour les jeunes couples aussi, qui faisaient la cour et se photographiaient, profitant du risque de tomber à l’eau pour se tenir la main, se prendre le bras.
Puis nous avons mangé sur l’herbe, les enfants, leur mère et quelques Français, dans le piaillement tranquille de cet après-midi d’automne. Aucun père n’était présent. Des gouttes tombèrent. Nous débarrassâmes le plancher, visitâmes ce que Melody appelait « la maison des températures », un endroit où il y avait beaucoup de plantes, dont « un arbre de Bouddha », et passâmes par un jardin de bonzaï qui n’intéressa personne. Pourtant, les bonzaï chinois, c’est comme les pierres, c’est tellement bizarre, cela attire l’œil et attise la réflexion.
Les gouttes continuaient à tomber doucement pour laisser place à une forte pluie qui ne cessa plus pendant trois jours.